Feux Croisés
Vendredi 20 Juin 2014
Sorties
Nicolas Truffinet

Addendum

A propos de Edge of Tomorrow de Doug Liman (2014)




« Tom Cruise dans ses œuvres » ayant été écrit quelques semaines avant la sortie d’Edge of Tomorrow, en prévision de celle-ci, il était logique de procéder à une rapide mise à jour une fois le film vu. Celui-ci s’inscrit nettement dans la continuité des films d’action auxquels participe l’acteur depuis le début de la décennie : encore un film de scénariste déjanté, formidablement inventif, croisement surprenant entre un jeu vidéo bourrin et Un jour sans fin. Drôle, sioux, parfois presque shyamalanien. On entend ici et là que celui-ci ne serait qu’une énième manifestation de cette tendance, de la part des producteurs hollywoodiens, à vouloir capter à tout prix l’attention des jeunes gamers. Un tel jugement apparaît extrêmement injuste : il est difficile de ne pas voir combien, du jeu vidéo, Edge of Tomorrow fait une utilisation ludique. S’il y a une chose qui frappe dans les films de Cruise des années 2010, comparé à ceux des années 2000, c’est la disparition désormais patente de tout esprit de sérieux. Après le génial Jumper (2008), Doug Liman confirme qu’il est bien le cinéaste américain le plus sous-estimé de sa génération dans le champ du cinéma d’action, le plus moderne, le seul capable ou désireux de créer de nouvelles franchises (n’oublions pas qu’il a aussi signé le très beau premier volet de la série Bourne) dans un environnement dominé aujourd’hui par la réutilisation paresseuse de succès plus anciens.
 
Sur un point, cependant, on se trompait complètement : loin de céder à sa veine militariste, Cruise en prend ici le contre-pied total. Le premier quart d’heure d’Edge of Tomorrow, à ce titre, n’est pas loin d’être stupéfiant : l’acteur interprète avec délectation un planqué de première, ancien publicitaire, très bon pour vendre les guerres, moins pour y participer. Lorsque son supérieur plus rude veut l’envoyer au front, il n’en revient pas d’abord : l’a-t-il seulement regardé ? Ce joli minois dans l’armée, lui qui pourrait être si utile sur un plateau télé ? A l’entendre, il n’y aurait là qu’un malentendu à dissiper. Cruise se démène comme un beau diable : il parlemente, s’excuse, menace. S’apprête à passer quelques coups de téléphone pour faire jouer ses relations. Quand ses tentatives échouent et qu’il se retrouve finalement, à son corps défendant, dans une armure impressionnante qu’il parvient à peine à manier, dans l’avion qui le mène au carnage, son visage ne reflète que la peur. Au moment de sauter pour se retrouver sur le sol, ses jambes semblent à peine le porter : il transpire, essaie une première fois, manifestement ne peut pas. Absolument tétanisé, il participe à peine à ce premier combat. On peut regretter que cette dimension soit peu à peu mise de côté, le personnage finissant par assumer, bien forcé, son destin de héros. Cette introduction n’en reste pas moins extrêmement frappante, sorte de plongée « comicauchemardesque » dans une guerre avec laquelle, pour une fois, l’acteur estimait n’avoir rien à faire.




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