Feux Croisés
Vendredi 21 Septembre 2012
Dossiers

La non-rencontre avec Luc Lagier




Hiroshima mon amour, Alain Resnais, 1959
Hiroshima mon amour, Alain Resnais, 1959
Nous sommes Dimanche. Feux Croisés a ouvert il y a une semaine, et voilà que déjà nous devons préparer le dossier consacré à Alain Resnais. Chloé Beaumont pensait depuis plusieurs jours à Luc Lagier pour un article. L’idée était bonne – Lagier avait écrit un livre sur Hiroshima mon amour – aussi ai-je obtenu son adresse mail pour lui soumettre la proposition.

Un dialogue s’instaure, très cordial, mais je sentais que Luc Lagier n’accepterait pas d’écrire un article, lui qui se consacre aujourd’hui à des montages de séquences pour son émission Blow-Up. Il me propose de l’appeler. Le jour vient à peine de se lever, et je ne suis toujours pas couché. La fatigue me pousse à croire que Lagier souhaite nous accorder un entretien téléphonique. Tout de suite.
C’est évidemment un malentendu, puisqu’il souhaite simplement nous parler. C’est son choix, je l’accepte à contre-cœur, moi qui déteste parler au téléphone. La peur du silence, sans doute.
J’attends et redoute donc son appel, qui ne doit pas tarder. Le téléphone sonne, je réponds.

« - Allô Cédric ?
   - Oui ?
   - C’est Luc Lagier au téléphone, bonjour ! »

Et soudain, je me rappelle de cette voix, cette voix-off de Blow-Up qui me parle, maintenant, et qui attend que je lui réponde. Je l’associe immédiatement à la musique d’Hiroshima mon amour. C’est de rigueur. Une voix douce et chaleureuse, et me voilà rassuré.
Luc Lagier m’explique donc pourquoi il décline notre proposition, trop occupé par son émission sur Arte. Nous parlons de Feux Croisés, de son intervention dans une émission radiophonique, dans laquelle il expliquait que le montage de séquences, tel qu’il le pratique pour Blow-Up, est une nouvelle écriture critique, nous évoquons aussi, de fait, son émission. Il m’évoque ce que j’appelle ici un texte visuel, réalisé en Mai dernier. Le sujet ? Alain Resnais, qui présentait à Cannes son nouveau film. Lagier me propose de le publier dans le dossier Resnais, ce que j’accepte.

Nous nous quittions, ce Dimanche, sur un accord. Une heure plus tard, nous apprenions la mort de Chris Marker, complice de Resnais. C’était le 29 Juillet.
Voici donc le fruit de cette non-rencontre avec Luc Lagier, un texte visuel hanté par Marienbad, où l’auteur s’évertue à donner un sens neuf aux mots prononcés, figés dans un montage que l’on croyait définitif. Luc Lagier choisit de recoller les morceaux de mémoires fragmentées des personnages de Resnais. Recut : un si joli mot. Un mot plein de promesses.



Cédric Bouchoucha
Cofondateur et co-rédacteur en chef de Feux Croisés. Titulaire d'un master en études... En savoir plus sur cet auteur


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