Feux Croisés
Vendredi 21 Septembre 2012
Dossiers

Redoubler d'amour


À l’occasion de la quasi concomitance de la sortie des derniers films d’Alain Resnais et Noémie Lvovsky, organisons la rencontre virtuelle entre Claude Ridder et Camille Vaillant, à travers la mise en regard de Je t’aime, je t’aime (1968) avec Camille redouble, toujours sur les écrans.



« Le Sang Muet qui délivre
Tourne à l’envers les aiguilles
Remonte l’amour sans le lire. »
René Char, « Vérité continue », Le Marteau sans maître
Redoubler d'amour

Redoubler d'amour
C’est la crise. 1968, Claude Ridder n’a plus trente ans depuis dix ans. Quarante ans plus tard exactement, c’est au tour de Camille Vaillant de franchir ce cap. Cela n’empêche pas le poids des années de se volatiliser en un rien de temps: il suffit d’une tentative de suicide ratée pour l’un et d’un semblant de coma éthylique pour l’autre, et les deux personnages réinvestissent chacun la bulle d’un pan de leur histoire personnelle, revisitant au passage la source des maux de leur âge. D’une certaine manière, c’est la fuite de la vie qui propulse les deux personnages dans le souvenir de la leur. La séparation avec l’être aimé (le décès de Catrine dans Je t’aime, je t’aime, le départ d’Éric dans Camille redouble) précipite le dédoublement, comme s’il suffisait de recommencer une relation pour qu’elle soit éternelle. De plus, la situation d’entre deux de Claude comme de Camille (le premier n’est plus mort mais pas encore tout à fait vivant, la seconde s’apprête à fêter la nouvelle année avec amertume) favorise leur engouffrement dans la faille temporelle.


Claude Ridder, encadré médicalement dans le présent
Claude Ridder, encadré médicalement dans le présent

Camille Vaillant, entourée amicalement dans le passé
Camille Vaillant, entourée amicalement dans le passé


Un pas en arrière

Claude Ridder est d’emblée présenté comme un personnage « sans présent », ce qui l’amène sans mal à accepter d’être acheminé vers son passé. Le premier élément dont on a connaissance à son sujet est sa volonté d’en avoir fini avec la vie. À la lumière de son passé, il s’agit de son unique choix, auquel s’ajoute l’acceptation du rôle de cobaye. Néanmoins, le fait de dérouler le fil de sa mémoire le pose en personnage passif, en spectateur télétransporté devant le diaporama de son existence. Puis, nous le découvrons d’un bloc, sans intermède autre que ses brefs retours dans le présent pendant lesquels il n’évolue plus. Toute l’ambigüité de Je t’aime, je t’aime réside dans cette posture floue de Claude : se voit-il avoir vécu ou revit-il exactement son passé sans pouvoir rien en changer ? Le principe même de la perception kaléidoscopique de ses souvenirs, à travers des plans qui se répondent, s’interpellent ou s’emmêlent, avec un goût prononcé pour l’aléatoire, empêche le personnage d’exister au-delà de ce qu’il a été, de bousculer le cours des événements. 

Il en est tout autrement pour Camille Vaillant. D’une part, parce que le passé effleure déjà son quotidien : nous sommes immédiatement projetés dans la fin de son histoire avec Éric.  Un bouquet de « réminiscences avant l’heure » fleurit dans la première séquence : Camille jette sa bague de fiançailles par la fenêtre, sa bande d’amies et elle se déhanchent pour la énième fois sur Walking on sunshine, elle se confronte à l’impossibilité de décrire la voix de sa mère à sa fille. Si le retour dans le passé ne s’explique pas rationnellement, il semble autant être déclenché par le rapport manuel de l’horloger au temps (qui change la pile de la montre des seize ans de Camille tout en libérant son majeur du fardeau de l’anneau) que provoqué par une certaine nostalgie qui flotte au-dessus de la routine de notre personnage. Nous sommes bien loin de la préparation au grand voyage telle que l’envisagent les scientifiques de Je t’aime, je t’aime. Et c’est peut-être parce qu’elle n’a ni cadre ni préparatif que Camille visite activement son passé. D’autre part, l’enjeu de son retour prend la forme d’une lutte contre l’idée de « destin », contre les forces immuables qui seraient susceptibles de l’avoir amenée là où elle en est, actrice de seconde zone en peignoir rose, portée sur la boisson et bientôt célibataire. 
Redoubler d'amour

Claude Ridder quitte un coma pour un autre
Claude Ridder quitte un coma pour un autre


Nous pouvons alors considérer qu’il s’agit d’une propulsion pour Camille et d’un véritable retour pour Claude, puisque l’une réagit a ce qui a été comme si elle pouvait réinventer le présent de son passé alors que l’autre se complait dans la visite polie de ce qui n’est plus envisageable autrement. Néanmoins, là où le passé avance plus vite que le présent, c’est dans sa faculté à devancer le sommeil : Camille comme Claude se réveillent à l’hôpital. Camille imagine qu’une nuit au domicile parental suffira à rétablir l’ordre temporel ; Claude, lui, se laisse glisser en étant allongé et en fermant les yeux. Il faut dormir pour revivre. Si bien que le passé prend la forme d’un rêve ; le montage de Je t’aime, je t’aime tend à restituer l’état fragmentaire de la conscience endormie. Au contraire, Camille croit d’autant plus rêver que son passé se déroule linéairement, dans la plus grande des cohérences. Camille évolue dans le tangible tandis que Claude recherche des preuves manifestes de sa relation avec Catrine et se retrouve, tel Sisyphe, à revivre inlassablement « la » minute qui incarne son bonheur et légitime encore son existence, à tous les temps. Le plan où il émerge des fonds marins est une porte qui s’ouvre vers les autres moments de sa vie, mais c’est aussi une porte qui se referme instantanément derrière lui. Mais c’est aussi en ayant gardé une trace de son passage dans le passé, et une trace du passé qui lui manquait, que Camille est certaine de ne pas avoir rêvé : « si vous n’étiez pas là, je ne me serai pas cru moi-même », dit-elle à son professeur de physique, en allant récupérer l’enregistrement de la voix de ses parents.
 

Claude et Camille, le temps d'un amour

Une histoire d’amour guide chacun des retours. Si Claude ne souhaite plus vivre, c’est parce qu’il sait qu’il ne reverra plus Catrine. En cela, l’expérience s’apparente à un coma qui lui permet de tenir émotionnellement. « Catrine » est le seul mot qu’il ait à la bouche et la seule raison pour laquelle il a accepte d’avoir une souris pour collègue. Quant à Camille, elle peut accepter le présent une fois qu’elle prend conscience de l’impossibilité d’arrêter d’aimer Éric, qui se matérialise par son incapacité à l’aimer comme s’ils ne s’étaient jamais connus. Il s’agit donc davantage de la réminiscence de l’amour que de sa renaissance. Sa deuxième chute est amorcée par une tirade qui déborde du texte de Racine : « je t’aime, sans promesse et sans illusion. » Cette phrase, ce n’est pas la Camille de seize ans qui la prononce mais celle qui est mère d’une fille de vingt-trois ans. L’amour n’appartient pas au passé mais constitue un flux immatériel et intemporel : pour Claude comme pour Camille, la passion qui les anime ne peut pas s’éteindre en un retour, même si la neige l’enveloppe ou la mer l’envahit. Je t’aime, je t’aime : le titre du film de Resnais prend alors tout son sens ; le sentiment amoureux a beau être dupliqué, chaque expression se définit par sa singularité. Il y a donc un fossé énorme entre le premier et le deuxième « je t’aime ». On ne peut aimer deux fois de la même manière même en jetant l’ancre dans des situations identiques. 

Camille cherche d’ailleurs à se créer sa propre histoire, au-delà du connu. Elle tente d’abord d’écarter Éric de son chemin : quitte à revivre, autant vivre pour soi, avec l’envie d’expérimenter un peu d’inédit. Pensons notamment à la scène particulièrement cocasse de sa poursuite de l’adolescent dans toute sa splendeur sur le terrain de sport. Pourtant, elle ne peut se détacher d’Éric qui la poursuit sans cesse ; elle se confronte rapidement aux limites du libre arbitre. Si elle peut décider pour elle, elle ne peut choisir le comportement que les autres auront à son égard. Claude voudrait connaître indéfiniment Catrine telle qu’elle était lors de leurs vacances à la mer. Plus il s’accroche à son désir de la retrouver, plus il s’écarte de « la minute sécurisante » posée par les scientifiques comme durée maximale du voyage. En visitant une minute de plusieurs temps, il flirte avec le péril. En effet, pour Claude, remonter plus loin c’est finir par frôler le présent trop fortement et briser l’harmonie liée à Catrine, par l’inexorable convocation de sa mort, à laquelle il doit survivre dans les autres temps. Pour Claude comme pour Camille, le fait d’être aux côtés de leur âme sœur n’est pas tant une question de coexistence spatiale que de côtoiement temporel. 

Dans les deux cas, nous accompagnons les personnages dans une quête personnelle. Le passé est ainsi très cadré et nous n’explorons pas le hors champ de leurs préoccupations. D’ailleurs, il n’y a pas de subjectivité sans « raccorps » : non seulement nous accompagnons les personnages dans chaque plan mais également à leur hauteur. Quand Claude Ridder disparaît de sa bulle mi-cérébrale mi-utérine, nous nous rendons d’autant plus compte qu’il y était. Avec Camille, c’est l’occasion de prendre le spectateur à parti: nous sommes bien les seuls à percevoir la morphologie de quarantenaire de mademoiselle Vaillant. Son âge n’est pas qu’une affaire de réaction ; il se manifeste physiquement. Nous vivons alors son retour comme elle, de la même manière que nous glissons au gré du flux et du reflux des souvenirs de Claude Ridder. Si les scientifiques tentent de réguler son temps de disparition, ils ne voient à aucun moment les images qui nous sont projetées. Pour l’un comme pour l’autre, la subjectivité est synonyme de visibilité à l’écran. Le réinvestissement d’un cadre et d’un décor qu’ils connaissent déjà implique que voir à travers leurs yeux, c’est aussi voir leurs yeux s’y ouvrir. Ce principe de visibilité fait écho à un phénomène de voyance. Rien ne peut être vu d’autre que ce qui existe. Ce n’est pas un hasard si, face à la clairvoyance de Camille au sujet du baiser sur l’allée des lampadaires accentue l’aveuglement latent de son amie Louise. Devant l’accomplissement de ses prédictions, l’entourage de Camille n’en croit pas ses yeux. 

Le cadre du passé de Claude est une vie d’adulte classique, peuplé de préoccupations d’adulte tandis que Noémie Lvovsky choisit le cadre scolaire comme microcosme de la jeunesse de son personnage. Le retour permet alors de revivre son adolescence avec une conscience d’adulte, c’est-à-dire la certitude angoissée que tout ce qui l’entoure va irrévocablement disparaître, d’où l’acceptation enjouée du retour comme la dernière chance qu’on lui accorde pour faire le deuil d’une part d’elle-même en douceur. D’une part, il y a le bonheur de Camille de « jouer à l’enfant », comme le dira sa mère, sans en subir la quotidienneté puisque chaque jour est compté sur le calendrier (le compte à rebours du décès de sa mère en est le révélateur le plus fort). Alors, Camille souhaite choisir les parts de la galette des rois « pour la dernière fois », elle accepte de se vêtir comme une adolescente rebelle alors qu’elle refusait de se « déguiser en sa mère » dans la première séquence.
Les roues du vélo de Camille : seuls cadrans qu’elle maîtrise…
Les roues du vélo de Camille : seuls cadrans qu’elle maîtrise…

D’autre part, il y a la nécessité de Camille à réinvestir de manière hyperactive le temps retrouvé ; c’est la Camille de quarante ans qui décide d’enregistrer la voix de sa mère, puisque c’est cette même femme qui regrette de ne plus l’entendre. Camille a beau se réjouir de retrouver son walkman jaune et de pédaler au rythme endiablé de 99 Luftballons, elle troque les refrains germaniques contre la voix de sa mère aussitôt décédée. La voix lancinante de l’horloger, guérisseur de tous les temps, poursuit Camille d’une séquence à l’autre : il lui fait remarquer que la mort de ses parents « crée un vide au-dessus et que le vide aspire ». Ce vide, Camille cherche à le combler de son passé en restituant ce qui est en dessous : la naissance de sa fille devient jauge temporelle. Non seulement elle craint « de rester prisonnière ici pour toujours et que sa fille n’existe pas », mais elle souhaite la faire exister auprès de sa mère, quitte à se frotter à l’incompréhension de cette dernière. 
Ce qui n’existe plus peut encore être vu …
Ce qui n’existe plus peut encore être vu …

Jeu d’enfants mais actes d’adulte : si elle provoque la naissance de sa fille, elle tente d’écarter la possible mort de sa mère en lui faisant faire un scan. Rien n’apparaît lors de la visite. L’encéphale ressemble à une constellation ; image à double tranchant, puisque le professeur de physique explique que « en regardant de plus en plus loin dans l’espace, on regarde de plus en plus loin dans le temps. » Si on ne distingue rien d’inquiétant sur l’image d’une tête vue de l’intérieur, la suite des événements y est pourtant écrite à l’encre sympathique. Le décès a lieu au moment redouté. Camille, chassée de la cuisine, vit l’événement en hors champ, de telle sorte que le bonheur de retrouver sa mère dépasse la douleur de la perdre à nouveau. Quant à la véritable constellation, celle qui emmitoufle les élèves dans le planétarium, elle a des allures de cartographie du présent, du côté inachevé de la frise chronologique. La projection dans le futur qu’elle implique autorise Camille à être une fille de son âge ; la relation sentimentale avec son professeur de physique devient alors possible. L’expérience de Camille l’aide à prendre sa revanche : l’actrice amatrice de whisky qui ne parvient pas à faire ses heures pour garder son statut d’intermittente transforme le casting théâtral du lycée en simple formalité.
L’antichambre du grand voyage où ont transité deux éléments clés : la montre, la bague
L’antichambre du grand voyage où ont transité deux éléments clés : la montre, la bague

Pourtant, si Camille décide de tout, tout reste identique. On décide pour Claude mais au moment où se rejoue le seul choix de son existence, le présent le tue instantanément. Josefa dit d’ailleurs à Camille que, si elle connaissait toute sa vie à l’avance, elle se suiciderait. L’acte de Claude revient à anticiper que toute sa vie ne sera que souvenirs, souffrance liée à la conscience de la disparition de celle qu’il a tant aimé. Là où le temps se dérègle, c’est quand le présent prend le dessus sur le passé. Le dysfonctionnement ultime provient de la collision de deux blocs temporels : le souvenir du suicide et les projections du corps de Claude sur différents carrés d’herbe de la clinique belge. Chaque collure entre deux plans se mue en coup de revolver. 
Redoubler d'amour

Claude Ridder : passé – présent, cause – conséquence ; l’ultime dédoublement
Claude Ridder : passé – présent, cause – conséquence ; l’ultime dédoublement


Les aiguilles folles

Si le temps matériel est omniprésent chez Camille (sa montre, les séquences chez l’horloger, l’horloge dans la cuisine parentale…), il se fait désirer dans Je t’aime, je t’aime. La relation platonique entre Claude et l’horloge parlante mise de côté, Ridder tente de se raccrocher au temps comme il peut, au point d’exiger une montre vers la fin du voyage. La montre de Camille est réglée avec exactitude : « la montre à l’heure moins une seconde » ; et c’est sans doute cette seconde-là qui suffit à tout faire basculer. Claude ne peut user de cette seconde que soixante fois ; comme si toute la mémoire de son monde ne pouvait contenir plus de mille quatre-cents quarante images. C’est d’ailleurs en dérogeant au principe malgré lui que Claude finit enfoui par le temps, étouffé par la résurgence de sa propre mémoire. La drôle d’étrangeté se transforme en inquiétude, ce qui semblait ludique tourne au tragique : comment a-t-on pu passer d’une promenade sous-marine à un suicide démultiplié ? 
Redoubler d'amour

Claude Ridder : de la plongée dans le passé à l’enfouissement par le présent
Claude Ridder : de la plongée dans le passé à l’enfouissement par le présent

Il faut toutefois relever une variante dans le cheminement de Camille qui favorise la réconciliation avec Éric : la photographie argentique qu’il lui offre pour ses seize ans. Elle ne la connaissait pas, il ne la reconnaît pas. Cette image fixe venue de nulle part défige soudain le passé. C’est l’image de trop qui fait chavirer la douceur de la linéarité.

« Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir », nous dit René Char dans Les Matinaux. Le voyage dans le temps n’était, au bout du compte, qu’une ultime tentative de retrouver l’être aimé tel qu’on a aimé le connaître. Le dérèglement des aiguilles sur le cadran peut autant les bloquer que leur donner l’élan suffisant pour qu’elles poursuivent leur course. Car, revivre des instants qui ont disparu, c’est les condamner à disparaître encore ; la fin du dédoublement permet à Camille de devenir « raccord avec elle-même » tandis que Claude se dissout. Si ce dernier s’est noyé dans la mer de son passé, Camille garde la tête hors de l’eau, remonte à la surface d’un lac glacé où l’entente avec Éric redevient possible. L’un rejoint les morts, l’autre jouit de sa retrouvaille avec les vivants. Dans les deux cas, le film s’achève après avoir épuisé une boucle. Alain Resnais lie le parcours personnel de Claude Ridder à une métaphore du cinéma jusqu’au bout : après avoir usé des rushes de son existence jusqu’à les épuiser, la « fin » de Claude se réalise sans encombre. Pour Camille, la vie reprend tout juste… Mais cela ne concerne plus qu’elle et devient l’affaire du hors champ.
Le présent déserté à la fin de Je t’aime, je t’aime
Le présent déserté à la fin de Je t’aime, je t’aime

La voix de Barbara dans un jukebox de l’année 1988 résonne avec le désir impossible d’un recommencement, condamné à être une réédition plus ou moins similaire. « Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir / Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs ». Le retour dans le passé devient la seule manière d’accepter que les souvenirs ne peuvent pas être plus vivants qu’en s’agitant dans la mémoire ; projetés sans cesse, ils épuisent le présent qui continue à s’écouler en-dehors de la sphère rassurante des instants élus d’une vie déjà écoulée. 

« Dis, au moins le sais-tu
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère...
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus ! »


Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur


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