Feux Croisés
Vendredi 19 Avril 2013
Juste une image

Crépuscule d’adieu




Violence et Passion (1974)
Violence et Passion (1974)
Helmut Berger, nimbé de volutes hallucinées, met fin à une réminiscence rêvée. Un soir de solitude, une symphonie de Mozart dans le creux de l’oreille, le Professeur (Burt Lancaster) s’assoupit dans le souvenir ; mais une chanson italienne le précipite dans la chair du présent. La basse entraîne le violon, jusqu’à son extinction. Le Professeur grisonnant s’apprête à rejoindre le jeune blond. Pourtant, Helmut Berger, corps luminescent et flottant, se donne à voir avant l’arrivée du Professeur. Quel regard peut donner vie à cet instant précis ?

Le temps d’une image, Helmut Berger se déleste de son personnage. Konrad Huebel finira en fumée ; Helmut Berger, lui, vient de gagner l’éternité. Chimère d’une jeunesse incandescente, apparition vouée à se disperser en cendres, Konrad est la dernière figure qui lie Berger à Visconti. Ce plan qui lui est accordé, fugace acmé de sensualité, se révèle être un peu de temps à l’état pur, un dépassement du film en cours par le fait même que l’amour l’anime de l’intérieur. Entre résolution et sublimation, cette image vaporeuse cristallise Violence et Passion. La cloison générationnelle tombe dans un éclat de poussière, l’incompréhension s’efface au profit de la fascination. Il a suffi que le regard aimant se substitue au regard voisin pour que, le temps d’une image, l’intrusion se mue en coexistence.



Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur


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