Feux Croisés
Dimanche 21 Avril 2013
Dossiers

Dossier Jacques Demy

Jamais la même histoire…




Photographie disponible sur le site de Ciné-Tamaris.
Photographie disponible sur le site de Ciné-Tamaris.

Avril 1958 ; une date semée sur la toile, happée par deux cerisiers en fleurs, balayée par un ciel écumeux…

 

Avril 2013 ; il n’y a peut-être bien qu’en levant les yeux au ciel - gris pollution pour l’occasion-, que l’on peut se sentir seul en arpentant les rues de Paris. Jean Marais, de sa contrée utopique, nous toise sans vergogne ; Delphine Seyrig nous invite à changer de trottoir pour esquiver ses sorts multicolores ; Jacques Perrin nous cueille chaleureusement une fois la traversée du passage piéton achevée ; quant à Catherine Deneuve, auréolée de paillettes, elle ne daigne pas nous reconnaître, préférant hisser ses cils vers les derniers soupçons de nuages. 
 

La situation mérite attention


Depuis le 10 avril, Jacques Demy est un « événement » qui rime avec hommages et rétrospectives. Encore ou enfin ? De quoi devenir de beaux indifférents ou d’en faire l’un des événements les plus importants depuis que l’homme a marché sur la lune ?

 

Jacques Demy, une œuvre en sept courts-métrages et treize longs, vous connaissez les chansons. Avec Lola (1961), La Baie des Anges (1963), Les Parapluies de Cherbourg(1964), Les Demoiselles de Rochefort (1967) et Model Shop (1969), de l’air frais de la Nouvelle Vague à l’impasse de l’utopie beatnik, il nous a peut-être fait vivre dans les années 60 plus longtemps qu’elles n’ont durées. Son inspiration s’est déployée au-delà de l’Hexagone (Model Shop (1969) et The Pied Piper (1972)), pour finalement convier le Japon et l’anglophonie à Versailles (Lady Oscar (1979)). Après Peau d’Âne (1970), sa filmographie a beau être plus ombragée et fluctuante, elle n’en demeure pas moins radicale et résolument personnelle ; Une chambre en ville (1982) en est sans doute la plus probante attestation ( à paraître le 25 avril, Une chambre en ville, essai de Raphaël Lefèvre, publié aux Éditions Yellow Now). 

Rétrospectives et hommages, doncEt pourtant, « printemps » rime résolument avec « présent ». « Ce qu’on veut, ce dont on a besoin, c’est vital maintenant : c’est du lyrisme », clamait à juste titre Stéphane Delorme dans son article « Du lyrisme ! » paru dans le dernier numéro des Cahiers du cinéma. Le lyrisme, non comme une soustraction à l’époque en cours mais comme arme lumineuse, l’une de celles qui nous permet d’ « aimer la terre pour être heureux ». Est-ce un hasard si la chanson des « Rêves secrets d’un prince et d’une princesse » s’invitait dans la dernière séquence de L’Âge des possibles (1995) de Pascale Ferran, remarquable film de fin de siècle sur les espérances et angoisses de la jeunesse qui nous précède ? 

 

« Ciné qui danse, Ciné qui chante,

Cinéma ta bonne humeur m’enchante,

Ciné rieur, Ciné bonheur,

Cinématographe à toute heure… »
 

Yves Montand dans Trois places pour le 26
 

Alors… Qu’allons-nous faire de tant de bonheur ? Certainement pas le taire…
 

S’intéresser de près à Jacques Demy induit de ne pas faire les choses à moitié. Deux particularités accompagnent ce dossier. D’une part, à travers plusieurs entretiens, notre regard s’accordera à la parole vivace de personnes qui gravitent de près ou de loin autour de Jacques Demy, parmi lesquelles le réalisateur Paul Vecchiali, le producteur Philippe Martin et l’universitaire Jean-Pierre Berthomé. D’autre part, ce dossier sera traversé par plusieurs vagues, jusqu’à épuisement des films sur les écrans de la Cinémathèque, afin que l’écriture se fasse sous le signe d’une énergie nouvelle.

D’un coup de stylo-plume, d’arpèges de consonnes et voyelles, c’est donc un « Jacques Demy couleur du temps » - couleur « incroyable et innommable », un Jacques Demy au présent, que nous vous invitons à rencontrer ; c’est une œuvre « qui tient », suspendue au point de devenir un présent perpétuel, que nous vous proposons de visiter, notamment au détour d’une perm’ à Nantes en 1955, 1961, 1985 et 2013, d’une heure au poste de police, d’un tour en voiture.

 

Dossier réalisé sous la direction de Claire Allouche et Chloé Beaumont

 

Claire Allouche

Marion Bernard

Timothée Gérardin

Yann Gonzalez

Tifenn Jamin
Raphaël Lefèvre

Anna Marmiesse

Camille Polet

Clément Quentin

Léo Richard
Nicolas Thévenin

 

Nous accueillerons d’autres textes au cours des prochains mois. 
 

Remerciements particuliers à l’égard de Philippe Martin, Paul Vecchiali, Jean-Pierre Berthomé.
Mais aussi à Olivia Rosenthal, Jérôme Baron, Hervé Lecornu, Gaël Lépingle, Cédric Bouchoucha.
 
Ainsi qu’à toute l’équipe de rédacteurs présents et à venir, pour leur enthousiasme généreux. 

 

Nous mettons aussi à votre disposition une playlist Spotify d'une demi-heure (Spotify manquant clairement de titres issus des films du cinéaste).

 

 
 
 
 
 




Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur