Feux Croisés
Lundi 8 Avril 2013
Dossiers

En famille




This is 40
This is 40
On en a parlé comme d'une anecdote amusante, d'un détail plaisant à propos du casting de 40 ans : mode d'emploi (This is 40): autour de Paul Rudd, c'est la petite famille du réalisateur qui est réunie, à savoir sa femme Leslie Mann et ses deux filles Maude et Iris Apatow. On n'a pas assez noté que c'était quasiment de l'ordre du jamais vu. La famille de This is 40 existait déjà dans Knocked up, on aurait pu croire que cela relevait du simple clin d’œil - elle est ici au centre du récit. Donner les rôles principaux à sa famille, pour un réalisateur de comédies mainstream « grand public », est tout de même un geste pour le moins étonnant et inédit. Dans sa recherche de l'authenticité de la chronique familiale, Apatow a fait le truc à la fois le plus bête et le plus bizarre qui soit : recréer le quotidien et ses expériences en même temps banales et singulières en compagnie de celles avec qui il les vit.

Les films d'Apatow donnent souvent cette impression, au choix délicieuse ou désagréable (certains dénoncent l'entre-soi du « club Apatow » qui ne s'adresserait qu'à lui même et à ses fans), d'avoir affaire à une véritable bande de potes qui rejouerait devant la caméra ses propres private jokes et ses conversations les plus quotidiennes. Il s'agit de donner vie à l'écran à un groupe qui en est déjà un dans la vie. Ce n'est évidemment pas le seul moyen de l'authenticité et du réalisme, mais c'est celui qu'Apatow choisit et accomplit avec This is 40, clairement son film le plus autobiographique. Le groupe est désormais celui de la famille, vieillissement des personnages – et du cinéaste – oblige. Le scénario se présente ici sous sa forme la moins tenue ; le déroulé des événements du film donne l'impression d'avoir été découpé comme au hasard dans la trame de la vie des Apatow. Que la science des dialogues du cinéaste et son sens des situations soient à l’œuvre à chaque instant, il n'est évidemment pas question ici d'en douter – il s'agit toujours de recréer.

La justesse et la finesse du trait nous paraissent particulièrement manifeste dans la manière de dépeindre les relations entre parents et enfants. L'effarement mêlé d'émerveillement avec lequel Pete et Debbie constatent le naturel de leurs filles à utiliser les réseaux sociaux et les smartphones, une conversation entre un père et sa fille sur les mérites comparés de Lost et de Mad Men... Ce n'est presque rien, mais on a, tout simplement, rarement vu ça au cinéma. This is 40 s'applique à décrire très précisément le quotidien d'une famille « normale » d'aujourd'hui – avec ses particularités sociologiques bien sûr, qui sont celles d'Apatow : blanche, petite-bourgeoise, éduquée etc... This is 40 pousse encore plus loin la logique de ses précédents films : il se présente comme une succession de saynètes qui forment une chronique à la fois lâche (comme l'est la trame du quotidien) et précise, avec d'imparables détails sur le mode naturaliste - et un tissu moral perfectionniste pour assembler le tout.

This is 40 excelle à présenter le quotidien familial contemporain en se tenant au niveau du banal, de l'insignifiant voire du frivole (les conflits sont minuscules, les disputes du couple parfois presque sans objet, et la famille n'est jamais menacée d'effondrement) et, surtout, en partant de détails ancrés dans un saisissant hic et nunc. On n'a pas épuisé le film en disant cela, mais ce n'est pas la moindre de ses beautés.




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