Feux Croisés
Samedi 6 Octobre 2012
Octobre 12

Et après ?




Opération Tonnerre, Terence Young, 1965
Opération Tonnerre, Terence Young, 1965
C’est toujours la même chose. A chaque nouveau James Bond, des reportages télévisés totalement stériles ; un sujet sur les James Bond girl françaises, un autre sur l’érotisme de l’interprète principal, ici encore, un sujet sur les chiffres du box office. Avec, toujours, cette musique de John Barry, en musique d’ascenseur, comme s’il fallait combler le vide des sujets abordés.
James Bond, c’est glamour. Et après ?

On ne peut reprocher aux chaines de télévision la légèreté de leur traitement, ce n’est pas le rôle d’un journal télévisé que d’offrir une analyse approfondie de la saga. Mais qu’en est-il des traces écrites sur James Bond, de ces journaux consacrés au cinéma ? Les revues mensuelles comme Première ou Studio Ciné Live consacrent pour l’heure des dossiers superficiels aux films ; c’est une vision biaisée du mythe, ce qui est d’autant plus dommageable pour des revues qui bénéficient d’un grand nombre de lecteurs. Elles véhiculent, de manière sous-jacente, l’idée de la médiocrité des films. Ce sont des revues d’images et, fatalement, de clichés. C’est leur choix, pas le nôtre.
James Bond, c’est mauvais. Et après ?

Il est nécessaire, pour des revues vivantes, c’est-à-dire qui se questionnent encore sur les films, de gratter les images, les clichés, pour faire apparaître, peut-être, une image enfouie. C’est au fond, pour le critique, le même métier que celui de Sandra Portinari, ce personnage d’Obsession de Brian De Palma, une femme qui restaurait des œuvres d’art dans une église de Florence. Elle se posait la question suivante : vaut-il mieux conserver le tableau, connu de tous, ou le détruire pour voir ce qu’il y avait avant, et ainsi, accéder aux traces du labeur de l’artiste ?
Si nous choisissons, à Feux Croisés, de traiter tout autant de James Bond que d’Alain Resnais, c’est parce que le premier sujet mérite la même attention rigoriste que le second. Il ne faut pas mépriser une œuvre sous prétexte qu’elle est mainstream, grand public. Ces films créent des complexes chez le critique, qui espère ne pas parler de cinéma, mais de politique pour Batman, de sociologie pour Intouchables. C’est une impasse.

Il est primordial de se recadrer et de parler de cinéma, quel que soit le prestige d’un sujet. Il faut traquer la substance cinématographique sur les terres les moins fertiles ; les découvertes n’en sont que plus émouvantes. La voie du salut de la critique passe par une ardente volonté de parler du monde par le cinéma.


Cédric Bouchoucha
Cofondateur et co-rédacteur en chef de Feux Croisés. Titulaire d'un master en études... En savoir plus sur cet auteur