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Dimanche 13 Juillet 2014
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Girls

A propos d'Obvious Child de Gillian Robespierre (2014) en Compétition Officielle




Découvert en début d'année au festival de Sundance, Obvious Child est le premier long-métrage de Gillian Robespierre. Le sujet est tiré d'un court-métrage réalisé par la jeune cinéaste en 2009 : Donna, comédienne de stand-up, vient de se faire larguer. Après une nuit arrosée passée en compagnie d'un garçon, elle se retrouve enceinte. Elle décide d'avorter et on lui propose... le 14 février, date de la Saint-Valentin. Ancienne du Saturday Night Live, Jenny Slate prête sa voix étonnante et son corps discrètement burlesque à cette comédie indé minimaliste. Obvious Child prend sur lui de raconter comment une fille new-yorkaise normale va faire face à une situation délicate mais somme toute banale – ou en tout cas traitée comme telle. De sa volonté de décrire des « vraies filles », en ne reculant pas devant le trash que cela implique parfois (avoir ses règles, du poil sous les bras, péter devant son mec, s'embarquer dans un plan cul foireux...), la cinéaste commence par faire quelque chose d'un peu trop facile et prévisible. Les premières séquences montrent par exemple l'héroïne en train de réciter un sketch assez dégueu et cruel sur sa relation avec son petit ami, puis le soir même se soûlant et déblatérant au téléphone après s'être fait larguée. On est ici en terrain connu. Mais Obvious Child finit par faire montre d'une vraie subtilité.
 
D'abord, il faut l'indiquer, on a rarement vu le sujet de l'avortement traité avec autant d'honnêteté et de justesse dans la comédie américaine récente. Ouvertement féministes, Slate et Robespierre ne s'embarrassent pas de questionnements éthiques mais présentent simplement à travers cette IVG une manière décalée pour l'héroïne de se reprendre en main et de trouver une nouvelle direction à sa vie – incarnée ici, puisque nous sommes dans une comédie romantique, par un possible nouvel amour auprès d'un garçon presque trop gentil pour elle. Ce parcours intime nous est présenté dans une tonalité très quotidienne, qui ne rechigne pas à accueillir des moments de discrète cocasserie (Donna surgissant d'un carton de rangement pour se retrouver face-à-face avec son love interest), d'inconfort diffus (Donna se rendant sans conviction chez un homme qui ne lui plaît pas, l'écoutant déblatérer jusqu'à n'en plus pouvoir) ou d'émotion authentique (les scènes avec Donna et ses parents). Cette sincérité du trait est soutenue par l'interprétation  de Jenny Slate, gentiment décalée sans en faire trop dans le côté manic pixie dream girl (cet archétype de personnage féminin déjanté et excentrique), capable d'éclairs de lucidité comme de moments de sentimentalité naïve et touchante.
 
On reconnaît clairement, dans ce film au petit parfum seventies, l'influence de la série Girls. La meilleure amie compatissante de Donna est d'ailleurs interprétée par Gaby Hoffmann, l'un des rôles secondaires récurrents de la série de Lena Dunham (elle y joue la sœur légèrement dérangée d'Adam). On retrouve aussi, surtout, la même tendance à vouloir montrer le plus honnêtement possible la « vraie vie » d'un certain type de filles : artistes plus ou moins ratées de Brooklyn, en galère amoureuse et professionnelle, toujours pas installées dans la vie etc. La filiation est évidente, des décors urbains à la bande son branchée, en passant par un rapport frontal aux corps des actrices, des scènes étirées parfois jusqu'au malaise... Mais là où Girls devient souvent presque dérangeante tant elle va au bout de son projet, Obvious Child en reste le plus souvent au stade de comédie romantique très mignonne. Mais même s'il est moins inspiré et brillant que son aînée et se laisse aller à quelques facilités, le film de Gillian Robespierre trouve un ton assez singulier et séduisant pour que l'on s'en souvienne et qu'on en redemande. 

Obvious Child de Gillian Robespierre. Avec Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Richard Kind, Polly Draper, Gabe Liedman, David Cross. Sorti le 3 Septembre 2014.




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