Feux Croisés
Jeudi 31 Octobre 2013
Sorties
Laurent Husson

Io sono il vento

A propos de Miele de Valeria Golino (2013)




Io sono il vento
Miele est le pseudonyme d'Irene. Une jeune femme réservée, dont rien ne laisse transparaître à ses proches son activité clandestine : accompagner des patients qui se savent condamnés en leur fournissant un produit létal.
Elle est un « ange de la mort »  au sens strict du terme: un être androgyne, d'une extrême douceur et générosité (« Miele » signifie miel en italien), solitaire, et dont la mission est la plus difficile, la plus grave qu'il soit. Elle est par qui certains, moyennant d'importantes sommes d'argent, vont pouvoir quitter le fardeau de leur vie. Et en cela se considère-t-elle comme une accompagnatrice.

Pour son premier long-métrage, Valeria Golino a fait le pari d'un sujet extrêmement difficile : l'euthanasie. Le film, adapté du roman Vi perdono d'Angela del Fabbro [le générique du film porte mention d'un roman intitulé A nome tuo, de l'écrivain Mauro Covacich. Ce dernier est une republication sous un nouveau titre du roman Vi perdono – qui a servi de première base à l'écriture du scénario de Miele, et dont Covacich est l'auteur avéré.] aborde cette réflexion, non par le biais d'un discours militantiste, mais en suivant le parcours intérieur de son personnage principal, peu à peu épuisé par une responsabilité qu'il ne peut pourtant qu'affronter seul.
Dans l'accomplissement de ses missions, Irene/Miele fait preuve d'un grand professionnalisme, et respecte les codes et règles de son activité afin d'offrir à ses patients une fin digne et de préserver leurs proches de tout soupçon. Son regard bascule lorsqu'elle découvre que son prochain « client », un médecin misanthrope et las, n'est pas plus malade qu'elle. Ou plutôt souffre-t-il, mais d'une souffrance invisible, qui touche l'esprit. Irene/Miele refuse d'accomplir cette demande, soutenant qu'elle n'est pas une « tueuse à gages ». Pour elle, la question n'est pas tant de savoir dissocier une mise à mort d'un accompagnement – question à laquelle elle répond de façon pragmatique par l'incapacité physique de personnes souffrantes à accomplir leur volonté. La demande de Claudio Grimaldi soulève chez Irene un questionnement bien plus personnel : comment porter la mort d'un autre ?

Sur le débat de l'euthanasie, Valeria Golino se refuse fort heureusement d'apporter toute réponse définitive. Elle opère cependant un subtil déplacement, où la question du suicide assisté ne serait pas tant affaire de morale qu'affaire de conscience. Son traitement du sujet est exemplaire de sobriété, évitant les écueils attendus : la cinéaste déjoue le piège de la sur-dramatisation, par une mise en scène posée et un emploi modéré et réfléchi de la bande-son (excellente). Elle ne s’embarrasse pas non plus, malgré la menace suggérée sur le personnage, d'une intrigue policière annexe – dont l'issu n'aurait été que moraliste. Enfin, Valeria Golino nous épargne, dans la relation entre Irene et Carlo, un mélo inutile.
Néanmoins, le refus de la provocation et de la polémique provoque inévitablement un consensus. Et l'extrême retenue dont fait preuve la cinéaste entraîne un sentiment paradoxal de conventionnalisme. Indéniablement maîtrisée, la mise en scène de Golino reste empesée dans sa volonté marquée de sobriété ; la photographie de Gergely Pohárnok, très soignée, provoque également une certaine distance et froideur ; et les partis-pris scénaristiques, bien qu'audacieux, se construisent malgré tout sur un canevas cousu de fil blanc.
Malgré ces quelques maladresses, Valeria Golino dresse un portrait de femme d'une grande élégance et sensibilité, porté de bout en bout par la trop rare Jasmine Trinca, Un film prometteur d'une  cinéaste à suivre.

Miele de Valeria Golino. Avec Jasmine Trinca, Carlo Cecchi, Libero De Rienzo, Vinicio Marchioni, Iaia Forte, Roberto de Francesco, Barbara Ronchi. Sorti le 25 Septembre 2013.
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