Feux Croisés
Samedi 24 Novembre 2012
Festival des Trois Continents 2012

L'angoisse de la toile blanche

L'Atelier Produire au Sud entrouvre sa porte.


Peut-on considérer comme « film » un projet que l’on voit, précisément parce qu’on l’entend, les paupières tout à fait closes ?



Harpoon de Tomas Espinoza, film argentino-vénézuélien en production.
Harpoon de Tomas Espinoza, film argentino-vénézuélien en production.
Close your eyes and imagine the films… C’est en tout cas ce que nous invitait à faire ce matin Stefano Tealdi, consultant italien en pitching, l’un des dix intervenants de la douzième édition de l’atelier Produire Au Sud (PAS). Le pitch est au cœur du dispositif de la formation des six duos de jeunes réalisateurs et producteurs. Ils viennent des trois continents pour poursuivre le travail sur leurs projets de longs-métrages de fiction qui ont été développés en amont de chaque candidature. Le cinquième jour du déroulement de l’atelier marque un tournant particulier : les six projets se font connaître d’un premier public, nantais de circonstance. Chaque binôme voit s’écouler sur le sablier de la Loire sept minutes (et pas une de plus !) pour défendre « le presque film ». 

L’appellation « film indépendant » pour distinguer les films étrangers dits « d’auteur » des grandes productions nationales a tendance à constituer un raccourci préjudiciable, lequel camoufle la réalité des coproductions étrangères qui sont très souvent indispensables à l’existence du film et donc propices à l’émergence d’une nouvelle concurrence à travers le globe. L’atelier Produire Au Sud instaure ainsi un cadre privilégié de transmission d’outils essentiels par des intervenants professionnels (producteurs, script-consultants…) à l’intention d’une nouvelle génération de cinéastes internationaux. Si le scénario est le principal instrument utilisé pour poser les jalons d’une production dépassant le domaine de l’artisanat économique, l’art du discours est primordial pour partir à la chasse aux financements.

L’année 2012 réunit en Sélection Officielle deux films qui ont eux aussi été des pitchs en sept minutes : en 2007 pour le film jordanien de Yahya Alabdallah, The Last Friday (en compétition), et en 2010 pour le film argentin de Maximilian Schonfeld, Germania (hors compétition). « Ces deux sélections rappellent les missions principales de l’atelier : repérer puis accompagner les films dès l’étape du scénario, et révéler les professionnels qui les conduisent. » écrit Guillaume Mainguet, coordinateur de PAS, dans l’édito de l’année 2012.

Parmi les six projets sélectionnés cette année, quatre sont originaires d’Asie (Chenu, film indien de Manjeet Singh produit par Reena Mahe, Dad, Mum, my little sister and Antalya, film tadjik de Dahler Rahmatov, produit par Akhmal Khasanov, Shadows of a man, film libanais de Niam Itani, produit par Lara Abou Saifan, The Cliff Shore, film turc de Mehmet Can Mertoglu, produit par Yoel Meranda), un d’Afrique (Poisonous roses, film égypto-marocain de Fawzi Saleh, produit par Ema Hemeda) et un d’Amérique du Sud. Ce dernier prend le relai de Maximilano Schonfeld après une année de PAS sans Argentine et devient le huitième proyecto argentino en douze ans, dans la lignée notamment de Lucrecia Martel, Martin Rejtman et Pablo Trapero. Il s’agit d’Harpoon (Arpon), film argentino-vénézuélien de Tomas Espinoza, produit par Martin Aliaga.

Fascinante est la latence d’un film dont l’émergence sous forme d’images et de sons fait office d’urgence. Arpon. Le premier long-métrage de deux hommes. « Je veux réaliser un film qui dénonce une réalité toujours d’actualité en Argentine, la prostitution et l’engrenage de l’esclavage qu’elle engendre. C’est l’histoire de la naissance du mal, par le fait que des jeunes gens peuvent être vendus par d’autres personnes. Que peut penser un homme de cette possibilité ? » nous dit Tomas Espinoza. M. Argüello, un directeur d’école publique dans le Nord de l’Argentine apprend par une prostituée qu’il pourrait compléter sa retraite très confortablement en introduisant une jeune fille dans ce milieu. Ses élèves constituent une base de données idéale qui l’amènent à y réfléchir de plus en plus sérieusement. « Argüello est un pêcheur aux deux sens du termes, d’où le titre. L’école devient un océan et les élèves poissons. » Pour le moment, soixante pour-cent du budget a été réuni. L’engagement de coproductions européennes s’avère désormais indispensable pour boucler le financement. Le tournage pourrait alors avoir lieu comme prévu, au second semestre de l’année prochaine.

En complément de cet aperçu de la présentation publique du projet Harpoon, nous aurons bientôt le plaisir de recueillir ici la parole du duo Tomas Espinoza y Martin Aliaga ainsi que celle de Guillaume Mainguet, qui nous ouvrira notamment le champ de nouveaux ateliers internationaux.

Histoire(s) à suivre… Il se pourrait bien qu’en un autre automne, en ouvrant grand les yeux, certaines images défilant sur les toiles nantaises ne nous soient pas étrangères. 


Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur


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