Feux Croisés
Samedi 24 Novembre 2012
Festival des Trois Continents 2012

Les argentins et les trois continents

Aperçu partiel de la trente-quatrième édition du F3C.




Les argentins et les trois continents
Arrivée en gare de Nantes un jeudi 22 novembre. Le temps de retrouver la douceur de vivre, le tram tonitruant, les pavés mouillés et une grisaille qui enorgueillit les monuments, un double bond dans le passé a lieu par le simple franchissement de la porte du légendaire cinéma le Katorza. L’heure est à la La rue de la honte (1956) dernier film de Kenji Mizoguchi, puis à House (1980) d’Amos Gitaï. Drôle de chemin que celui qui mène de la dislocation d’une maison close tokyoïte à la reconstruction d’une résidence anciennement arabe par des arabes israéliens pour les nouveaux locataires… des juifs israéliens.

Vendredi marque une projection dans le présent, au Sud exactement. Allers-retours entre le Cinématographe et le Katorza, et pourtant, un seul tampon sur mon visa : un mot qui tient en neuf lettres et un pays qui, à en croire les cartes de géographie, porte sur ses épaules cinq riverains. 

Argentine ! Une journée partagée entre les provinces de Jujuy, Salta et Entre Rios, c’est-à-dire au nord de Buenos Aires quoi qu’il en soit. La présentation publique des pitchs de l’Atelier Produire au Sud est l’occasion de rencontrer Arpon, le projet de long-métrage d’un jeune réalisateur, Tomas Espinoza et de son producteur, Martin Aliaga. 

Le soleil d’entre bleu du drapeau argentin scintille aussi sur les écrans de la Sélection Officielle à travers deux premiers longs-métrages de fiction: Beauty de Daniela Seggiaro (film en compétition) et Germania de Maximiliano Schonfeld (film hors compétition et pour cause : le réalisateur est membre du Jury). L’occasion de s’abreuver de ces images de l’autre hémisphère en sa période estivale se prête surtout à la prise de conscience de problématiques qui se recoupent et qui touchent de front le légendaire multiculturalisme argentin. Remise en cause d’un mythe républicain en un contexte de crise qui paraît sans fin ? Ces deux films bilingues (l’espagnol est tout à tour relayé par le wichi et l’allemand) s’apparentent plutôt à un hymne à la communication ; en atteste la restitution de l’espace, scindé en deux lieux clairement distincts, dont la démarcation réside quelque part au pays des raccords. 

Si l’accent de ce récit est mis sur l’Argentine, n’oublions pas néanmoins la richesse hétéroclite de la programmation du Festival: mise à l’honneur de la Milkyway Image, intégrale Shinji Somaï, hommage à Serge Daney, choix de films relatifs à l’expérience humaine de la métropole. Et bien entendu, un état des lieux de l’actualité retentissante de l’Asie (onze films, dont sept en compétition officielle), de l’Afrique (deux films, aucun en compétition) et de l’Amérique du Sud (sept films, dont quatre en compétition) à travers la Sélection Officielle. Autant admettre qu’il est irréalisable de couvrir un festival aussi riche et garant de curiosité par le prisme d’un seul regard. 

Notre intérêt pour l’accomplissement d’un certain pan du cinéma argentin contemporain se poursuivra par des entretiens avec les cinéastes présents. Nous vous donnerons également un aperçu de la masterclass de David M. Richardson, monteur attitré de Johnnie To depuis Full time killer (2001), qui se fera un plaisir de recomposer avec les rushes de La vie sans principe (2011). Et puis… Au Festival des Trois Continents, on ignore de quoi sera fait demain et c’est bien pour cela que l’on a hâte d’y être !


Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur


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