Feux Croisés
Lundi 8 Avril 2013
Dossiers
Sidy Sakho

McLovin par les deux bouts (l'autre côté de la Plasse)


Figure la plus mémorable de SuperGrave, production Apatow à peu près irréprochable, McLovin n'est-il pas devenu pour son interprète, le rare Christopher Mintz-Plasse, une sorte de boulet ? Parlons-en.



Superbad
Superbad

Si l'on ne peut nier une belle spécificité aux productions Apatow, c'est leur sens sévère du casting. Les meilleurs acteurs de l’écurie savent porter sur leurs frêles ou robustes épaules les lourds enjeux de tout un film (Jason Segel dans Forgetting Sarah Marshall par excellence) ou, au moins, la charge de scènes plaisamment embarrassantes. L'un des films les plus révélateurs à ce jour de cette préséance de l'acteur reste SuperGrave (Superbad, 2007), teenage movie tendre et sauvage offrant par l'alliance de l'imposant et rustre Seth (Jonah Hill) et du gauche et frêle Evan (Michael Cera) un duo comique singulier et mémorable. Mais outre ce tandem central, un autre corps, au potentiel comique plus autonome, sut dans ce même film imposer sa drôle de cadence : l'inénarrable Fogell (Christopher Mintz-Plasse), plus connu sous le nom d'emprunt de McLovin.


Apparaissant au départ comme un faire-valoir typique, Fogell aura la chance d'aménager discrètement mais sûrement son propre espace au bout d'une petite demi-heure. Il devient même, contre toute attente, le héros d'un autre film, s'épanouissant simultanément à celui, plus classique, de Seth et Evan. Contraints par la force des choses à prendre des voies différentes, « McLovin » et ses potes tracent alors deux lignes de fuite picaresques, également tordues et accidentées, permettant au film de rebondir à chaque fois, tenir sans mal la distance de ses deux heures par la grâce d'un emploi plutôt astucieux du montage parallèle. La réalisation anonyme de Greg Mottola a pour force de s'adapter aux embarras de personnages confrontés aux répercussions conséquentes de leur gentille mythomanie. Le comique de SuperGrave tiendrait donc sur cette question : comment moi, gamin, puis-je malgré tout faire face à une histoire d'homme ?


Le privilège de McLovin sera, contrairement aux autres, de trouver deux complices inattendus lui mettant autant le nez dedans qu'ils disposent des clés de son salut. Personnage a priori ingrat, né pour être servi après les autres, Fogell-McLovin sera pourtant le seul à tirer de cette journée particulière des bénéfices qui ne semblaient pas lui être dus. En moins de 24 heures, il aura aidé des flics à neutraliser une cible en fuite, fumé une clope, manié un flingue et, qui l'eût cru, perdu son pucelage sur un malentendu ! Le fort potentiel comique de McLovin repose sur cette expérience crue du réel, cette initiation accélérée aux fondamentaux d'une vie d'homme (du moins tels que les imaginent les kids sauce Apatow). Là où Seth et Evan se relèvent de cette folle journée moins victorieux mais plus philosophes. La baise, ce sera pour une autre fois, mais l'un face à l'autre dans leurs duvets, ils n'ont jamais été si nus, s'avouant enfin sans détour ce qu'ils savaient déjà : que l'essentiel, avant leur séparation à venir, n'est pas de coucher à tout prix avec Jules ou Becca mais ne surtout pas se perdre de vue.


McLovin n'a pas le loisir de prendre à son tour conscience du statu quo, ce qui fait de lui un personnage plus superficiel, un peu moins attachant. Le culte qu'on lui porte repose d'ailleurs exclusivement sur cette dimension obstinément « freaky » dont Seth et Evan se voient allégés à mesure que s'amorce la fin du film. Il y a une certaine injustice dans ce refus de lui imaginer un autre horizon que celui de l'accomplissement accéléré (sa plus grande victoire est d'être identifié par ses camarades comme un « bad boy »). Son statut de futur voisin de chambrée d'Evan n'en fait pas pour autant un personnage autorisé à faire le deuil d'un rêve d'éternité. Ou alors faut-il voir dans sa rencontre et son escapade d'une nuit avec les officiers Slater et Michaels (incarnés au-delà de l'excellence par Bill Hader et Seth Rogen) le début de « tout ». A rebours du mélancolique segment Seth-Evan, partant d'une matinée et une journée de vannes pourries comme une autre pour aboutir au constat lucide d'un possible oubli, l'axe McLovin serait celui, plus conquérant, d'une naissance pure et simple, un éveil au corps, au plaisir, aux expériences !


De ce type de rôle taillé sur mesure, au plus près de la silhouette et de la bobine d'un acteur, il est bien sûr difficile de s'émanciper. McLovin est la figure la plus spécifique de SuperGrave, celle revenant automatiquement en tête lors de chaque évocation de cette comédie exemplaire. Aussi, bien qu'il ait eut l'occasion de confirmer ensuite son talent comique dans une poignée d'autres films – dont le mémorable Kick-Ass de Matthew Vaughn (2010) –, ne faut-il pas s’étonner du relatif patinage de la carrière de Christopher Mintz-Plasse. Plus que Hill et Cera, ce dernier est tenu à un effort supplémentaire pour que soit vu dans son physique singulier autre chose que le support idéal de l'ingratitude adolescente. Il en va de certains rôles comme des vieux tubes du top 50 : leur référencement, leur intégration durable dans l'inconscient pop restreint sérieusement pour leur interprète toute perspective de rebond. Si McLovin se croit finalement immortel, on ne serait pas non plus contre un accès à l'autre côté de la Plasse.

 

 





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