Feux Croisés
Dimanche 21 Avril 2013
Juste une image

Troisième image si doux visage




Les Demoiselles de Rochefort (1966)
Les Demoiselles de Rochefort (1966)

« C’est un portrait sans valeur, une œuvre d’imagination. Il l’appelle ‘Idéal féminin en toute simplicité. »
 

Quelque part entre l’Allemagne et Rochefort, entre Paris et le dernier des ports, l’Idéal reste un genre à inventer. Quelque part entre terre et ciel, il exige une voie nouvelle : ni tout à fait homme, ni tout à fait femme ; probablement éthéré… Alors, puisque ni « lui », ni « elle » ne répond à cette appellation, faut-il avoir peur du qu’en dira-t-on ?  
 

« Son portrait et l'amour ne font plus qu'une image. »
 

Un battement de cils suspendu esquisse un dernier coup de pinceau ; fondu… Peinture encore fraîche au point de se mouvoir, l’Idéal se donne à voir comme l’éclat fugitif d’une troisième image fantasmagorique. Mirage ; une image qui naît de la collision fusionnelle de deux autres, une image dont l’essence est son inexistence. Rêve et réel se frôlent, se superposent puis coulissent au creux d’un instant miroitant tous ceux qui l’ont précédé. Une image de visage perdue parmi mille autres sur des kilomètres de pellicule, une troisième image comme double centre de symétrie.  
 

Rencontre du troisième genre. Toile sans cadre puis cadre étoilé : la vision du peintre-poète est relayée par celle du cinéaste. Catherine Deneuve, modèle par deux fois, s’évanouit soudain dans cette image qui n’existe pas. Captive de ses propres traits, l’écran ne lui donne pas plus de liberté. « C’est troublant cette ressemblance… » Une surimpression comme occasion d’être raccord avec soi-même ; mais il n’y a pourtant plus d’orbites pour retenir ses yeux, ni azurs, ni Klein, ni d’aucun bleu... Hors-champ : idéal de l’Idéale ?



Claire Allouche
Après une perm' à Nantes de deux ans en Ciné-Sup, continue sa poursuite des images filantes dans... En savoir plus sur cet auteur