Feux Croisés
Samedi 20 Juillet 2013
Juillet 13

Un an




Spéciale Première, Billy Wilder, 1974
Spéciale Première, Billy Wilder, 1974
Notre revue célèbre sa première année en ce 20 Juillet. Une année de rencontres, de découvertes de plumes diverses aux approches variées du cinéma. Diriger une revue à un très jeune âge a une vertu : l’apprentissage de l’humilité face à l’autre, c’est-à-dire accepter de publier une idée différente de la sienne au motif d’une argumentation et d’un style pertinents. Davantage que l’idée défendue, c’est bien sa construction qui nous importe, le cheminement intellectuel qui se reflète dans le style d’une écriture, assurant au site la publication de textes réfléchis, parfois légers, comme ceux de la rubrique « Juste une image », ou plus consistants, comme ceux publiés dans nos dossiers.

Ces rencontres, au delà des textes, furent également l’occasion de découvrir de nouveaux horizons ; la couverture du Festival des Trois Continents en était une, puisqu’elle nous permit de partager les propos de jeunes cinéastes argentins prometteurs. Une fois encore, le mot « délégation » (ajoutons celui de « confiance »), écrit dans notre texte inaugural il y a un an jour pour jour, trouva une incarnation et un salut. Le nom de la revue (mais est-ce bien une revue ? – nous y reviendrons), Feux Croisés, du titre du film d’Edward Dmytryk, prenait ainsi tout son sens : il s’agissait de faire vivre dans un même espace des points de vue différents autour d’un même sujet.


Les différentes personnalités qui se sont exprimées au cours de cette première année sur le site nous ont permis d’élargir nos idées ; je pense par exemple à Chloé Beaumont – cofondatrice du site – pour sa défense des séries télévisées, à Laurent Husson pour sa lecture d’Olivier Assayas par le biais de Kenneth Anger, à Anna Marmiesse pour sa vision du voyage dans le temps chez Quentin Tarantino, à Jérôme Dittmar pour son interprétation de l’éternité chez James Bond, à Li-Chen Kuo pour son analyse d’un court-métrage essentiel dans l’œuvre de Brian De Palma, à Sidy Sakho pour son interrogation à propos de la localité du cinéma d’Assayas… Ces perspectives sont autant de profils divers qui ne cessent d’enrichir la revue : les étudiants se mêlent aux professeurs, les journalistes aux cinéastes. Cette pluralité, qui nous est chère, entend bien se développer à l’avenir.

La fréquentation du site depuis son lancement reste très confidentielle : un peu plus de 100 000 pages vues pour plus de 20 000 visites entre Juillet 2012 et Juin 2013. Ces chiffres doivent toutefois être relativisés, en raison de la construction de la revue, pour l’instant dédiée à la publication quasi-mensuelle de dossiers. La question qui se pose est la suivante : est-ce que Feux Croisés est une revue en ligne, comme elle le prétend dans sa présentation ? La réponse est non.

Aujourd’hui, Feux Croisés n’est qu’un essai, un espace qui permet à ses rédacteurs, en étroite collaboration avec les rédacteurs en chef, d’élaborer une mécanique et une maîtrise autour de dossiers qui sont à la fois la forme d’expression la plus adéquate à l’heure actuelle, et une marque de fabrique pour une revue amenée à se construire au fil des mois.

Demain, Feux Croisés sera amené à se développer, à ouvrir de nouvelles rubriques tout en consolidant les acquis de cette première année. Ces quatorze prochains mois seront marqués par des expérimentations au sein même de la revue. Par exemple, l’ouverture à l’actualité cinématographique par un autre moyen que celui du dossier – qui reste rétrospectif – c’est-à-dire par la critique cinématographique qui faisait défaut jusqu’ici sur le site, nous empêchant ainsi d’évoquer Kathryn Bigelow, Philippe Béziat, ou plus récemment, Alain Guiraudie.
Les dossiers eux-mêmes ne seront plus systématiquement consacrés à un cinéaste mais à une question, à un sujet, à un thème, ce qui risque de donner encore plus de vigueur à notre nom. En effet, aborder des cinéastes comme Brian De Palma ou Alain Resnais amène rarement à de véritables points de rupture d’un texte à l’autre, mais un dossier consacré à la mise en scène du jeu vidéo, aux codes cinématographiques, esthétiques qu’elle reprend du cinéma pour les réinventer, devrait nourrir, au sein de la rédaction comme du lectorat, quelques feux croisés.

Vient enfin l’Arlésienne, cette rubrique annoncée il y a un peu plus d’un an et qui devait être présentée il y a un an, puis en Novembre dernier : Feux du Monde. Cette rubrique, qui permettra aux lecteurs de lire des textes étrangers – qui dans la mesure du possible, seront traduits –  sur des cinématographies étrangères, requiert une organisation et un temps conséquents. Si nous avons reçu et traduit un texte du rédacteur en chef de l’édition espagnole des Cahiers du cinéma, Carlos Losilla (que je remercie ici pour sa confiance), sur les conséquences du succès de The Impossible en Espagne, si nous avons déjà depuis plusieurs mois une interview du cinéaste irlandais Leonard Abrahamson, auteur du récent What Richard Did, nous préférons toutefois attendre avant de les publier. Ce rendez-vous international doit être une réussite, et nécessite ainsi de solides partenariats à l’étranger. C’est notre projet le plus ambitieux, il arrivera un jour ou l’autre.
Tout est, décidément, question de confiance.


Cédric Bouchoucha
Cofondateur et co-rédacteur en chef de Feux Croisés. Titulaire d'un master en études... En savoir plus sur cet auteur