Feux Croisés
Vendredi 20 Juillet 2012
Juillet 12

Vivants




Holy Motors, Leos Carax, 2012
Holy Motors, Leos Carax, 2012
Holy Motors s’inscrit dans une lignée d’œuvres qui déchainent littéralement les spectateurs, qui leur offre à la fois une vision nouvelle du récit cinématographique et des images neuves parce qu’abimées. En ce sens, il rappelle Film Socialisme, où Godard s’évertuait à démontrer l’impossibilité, pour un téléphone portable, de capter et de transmettre les sons d’une boîte de nuit. Saturation des sons, et des images.

Passéiste, le film de Leos Carax ne l’est pas. Aussi pourra-t-on prendre parti en faveur du film sans l’avoir vu, en ayant simplement lu la critique du Figaro, qui nous permet d’admirer le mariage entre des jeux de mots indignes des Grosses Têtes et l’autorité d’un enfant qui peine à écrire correctement son prénom. Jugez plutôt : « Vous avez dit « bazar » ? […] Saute aux yeux l’impuissance de Carax à réaliser un film. Il le sait, s’en vante presque, aligne des petits bouts de trucs les uns après les uns […] Au lit motors ? »
Ma démarche peut paraître malhonnête ; elle ne l’est pas, tant le propos d’Eric Neuhoff manque d’arguments. Le débat ne consiste même pas à dire si les arguments sont bons ou mauvais : il n’y en a pas.
Pour reprocher quoi que ce soit à un film, il faut offrir au lecteur un propos justifié, pas forcément juste, mais argumenté. Le critique ne peut se reposer sur la seule foi de ses émotions, sans quoi son combat est perdu avant le premier mot.

Certes, Holy Motors ne manque pas d’émouvoir, mais il faut canaliser cette émotion dans une pensée. Le génie du film vient aussi d’une émotion qui naît du contenant, et non plus seulement du contenu. Leos Carax prouve qu’il est un maître du rythme grâce à un temps mort : l’entracte. Il serait absolument imbécile de reléguer le cinéaste dans la case des « auteurs qui se regardent filmer ». L’entracte – rare pour un film d’une heure cinquante – est un moyen pour le spectateur de respirer, d’avoir un premier avis sur les images qu’il vient de voir. Un premier avis avant la suite, le calme avant la tempête. L’ouverture du film appuie d’ailleurs ce constat : Leos Carax pense son film par rapport à son audience. Le public qu’il filme dès le début, c’est nous. Nous sommes sur l’écran, grandis, représentés, vivants.


Cédric Bouchoucha
Cofondateur et co-rédacteur en chef de Feux Croisés. Titulaire d'un master en études... En savoir plus sur cet auteur


A lire également
< >

Vendredi 20 Juillet 2012 - 15:00 Aujourd'hui, le combat est ailleurs